Bon, ça y est c’est fini…
Le marathon est terminé, et il faut avouer que j’avais besoin de quelques jours pour digérer l’épreuve… pour être capable de rédiger ces lignes.
Il faut avouer aussi que cette épreuve laisse un grand vide une fois qu’on l’a passée.
Il faut avouer enfin que je vais très rapidement avoir besoin de me fixer un nouvel objectif…
Et c’est là que je me prend à rêver… à rêver à un second marathon ? A rêver plus grand peut être ? Je ne sais pas encore…
Toujours est-il que je vais déjà vous raconter celui là…
1. La semaine d’avant…
J’ai respecté mon régime dissocié scandinave (un tout petit peu modifié) à la lettre ou presque. La première partie du régime est d’ailleurs je trouve très difficile… Ces 3 jours sans sucres lents ont pour moi été un moment difficile à passer, heureusement vite oubliés au premier petit déjeuner avec tartine de pain ! J’ai agrémenté le régime des trois derniers jours par une prise quotidienne de boisson Malto du pack Marathon d’overstim’s.
Il faut dire également que j’étais en repos forcé depuis le vendredi précédent à cause de deux vilaines tendinites qui venaient de se déclarer, l’une sous le genoux gauche, l’autre au tendon d’Achille gauche… ma jambe gauche me fait décidément défaut : c’est la troisième tendinite en un an au tendon d’Achille gauche !
Je suis d’ailleurs allé voir le mardi précédent le marathon un médecin du sport qui m’a fait une mésothérapie.
Je n’ai pas trouvé cela efficace au premier abord… et le médecin m’a interdit de courir jusqu’au jeudi soir. J’ai donc effectué une petite sortie de 11km jeudi soit un footing de 45’ environ.
Il s’est révélé lors de cette sortie que la mésothérapie avait donc été efficace car les douleurs dans le tendon avaient disparues, seules restaient les douleurs dues aux piqures du traitement et une légère douleur toujours sous le genoux.
C’est donc serein que je suis allé à Reims samedi
2. Reims le samedi…
Avant d’arriver à Reims je suis passé par Aÿ chercher du Champagne… en tout bien tout honneur… pas de dégustation pour moi évidemment !
Petit écart au régime dissocié ce jour là tout de même : je n’ai pas mangé très tôt… vers 16h30 pour un déjeuner, on peut considérer que c’est tard ! Petit plat de pâtes (pour changer !) et je suis aller chez mon copain Guiche chez qui je dormais pour la nuit.
Je suis ressorti vers 19h00 pour un dernier footing de 40 minutes qui a été moyennement douloureux.
Petit plat de pâte au thon le soir (je dis petit volontairement… il ne faut pas surcharger !). Un vrai régime d’étudiant ! Promis ! Et puis au lit… vers 22h à tout casser… j’étais fatigué de ma semaine de toute façon, et Guiche s’en allait cette nuit là en vacance à 2h30 du matin (oui oui !)
3. L’avant course
Je me suis levé vers 6h45 et déjà quelques messages d’encouragement matinaux sont arrivés sur mon téléphone (merci rémi/didier/seb et les autres !) et la runnosphère n’a pas manqué à l’appel non plus ! Merci à tous ça fait chaud au cœur !
J’ai avalé le 1/3 d’un Gatosport avec un thé… et j’avoue que je ne me sentais pas spécialement bien comme je l’ai dis sur twitter… stress pré-course ? qui sait…
Toujours est-il qu’après avoir mangé je suis allé me reposer un peu pour me relever vers 9h.
Me reposer jusque vers 9h30 m’a fait du bien… puis je me suis habillé…
J’ai finalement opté pour le t-shirt à manche longue. La sortie de la veille m’avait montré à quel point il pouvait faire froid et je savais que Reims pouvait être venteux… Je me suis alors enduit de camphre pour me réchauffer… enfilé un jean, une polaire, un manteau et zou… direction la cathédrale.
Je pense que c’est là que tout a vraiment commencé.
J’ai croisé la course du 10km, en les encourageant ! L’ambiance était bon enfant. En croisant ces premiers coureurs déjà en compétition, la pression a commencé à monter pour moi.
J’ai rejoint mes parents (spécialement venus à Reims pour l’occasion pour m’encourager et prendre quelques photos) devant la cathédrale, vieille de 800 ans dans 201 jours précisément ce jour là… j’ai eu le temps de remarquer ce détail en m’échauffant… un compte à rebours est affiché sur le Palais du Tau. J’ai donc fait pendant quelques minutes les derniers échauffements… en trottinant autour de Notre Dame. On m’a toujours dit : “l’échauffement c’est 20 minutes et 3 accélérations”… je n’en aurais fait que 10 mais je n’ai pas manqué les accélérations !
J’ai été très impressionné par le monde qui m’entourait. Tous ces athlètes, prêts, souriants, sûrs d’eux. Moi je n’étais pas sûr de moi. L’inconnu était sur la ligne.
4. Le départ
J’avais décidé de ma stratégie de course le matin même : je tenterai de suivre le meneur d’allure des 3h pour me réfugier avec les 3h15 si jamais ça n’allait pas. Je me sentais capable de boucler en 3h15 quoi qu’il arrivait… 3h c’était autre chose.
Je me suis donc positionné pas trop loin du balon rouge. C’est l’avantage des marathons un peu moins fréquentés de province. L’accès à la ligne de départ et au sas était très facile et il n’a pas fallu jouer des coudes pour se placer convenablement. Contrairement au Paris-Versailles par exemple… et pas besoin d’arriver sur la ligne 30 minutes avant le départ non plus ! J’arrive donc prêt sur la ligne 7 minutes avant le départ.
5 minutes avant le départ, les handisports démarrent !
Sacs poubelle qui volent. Sportband synchronisé…
Les minutes s’égrainent et…
PAN
Le coup retentit sur la rue Libergier et nous nous élançons, certains vers un terrain connu, moi vers l’inconnu… mais le sourire aux lèvres. Je suis parti pour l’aventure.
Je me place derrière notre meneuse d’allure 3h rapidement, et le premier kilomètre s’écoule tellement facilement sous les encouragements du public que nous arrivons avec 9 secondes d’avance sur l’horaire prévue à ce premier km.
Les kilomètres commencent à s’enchainer. Le premier ravitaillement arrive petit cafouillage… je comprends rapidement que de toute façon je ne m’arrêterai jamais au ravitaillement et que je prendrai tout “à la volée”.
Pour cela la technique de la prise de gobelet à deux mains est rapidement adoptée…
Au bout de 7km une petite descente je me laisse porter et je laisse derrière moi la meneuse 3h. Je suis une dizaine de mètres devant… et je ne veux pas perdre mon mètre/maître étalon puisqu’on m’en offre un…
10ème kilomètre J’ai l’occasion de souffler quelques mots à mes voisins… je me trouve lent, et on me répond que c’est normal à ce stade là…
Nous commençons à former un petit peloton de 3 à 7 personnes en fonction des rythmes de chacun.
J’apprécie l’ambiance tout autour de moi et je prends plaisir à courir.
Beaucoup de jeunes bordent les routes, je me déporte souvent pour aller leur taper dans les mains. Et on me dit encore “attention, te déporter comme ça, tu vas le payer sur la fin, ménage-toi”. Les autres semblent tous avoir de l’expérience… j’ai l’air d’un jeune premier “qui n’en veut”…
5. Le milieu de course
Le 14ème kilomètre arrive et je le passe à 59’33”. 27 secondes d’avance sur un planning 3h… je suis bien, et pour la première fois je croise mes “supporters officiels”.
C’est génial à voir. J’ai adoré croiser mes parents et ma compagne sur le circuit, ça booste le moral. J’ai toujours eu le sourire en les voyant. Et puis c’est un peu pour eux aussi que je courrais… et ils le savent… Alors ça fait chaud au cœur.
Les kilomètres s’avalent… à partir du 18ème km environ nous sommes deux à courir ensemble, à se soutenir à s’aider à s’encourager : les dossards 601 et 811 forment une paire !
Ces échanges ont été très encourageants. Nous avons remonté ensemble bien des coureurs et ça, c’est très motivant. Ca regonfle les ballons !
Passage au semi marathon : 1h30’02”… tiens on est toujours dans les cordes du 3h00…
Je demande à mon collègue combien il vise, la réponse tombe “3h, moins si je peux”. Je me dis alors que tant que je pourrai suivre, je suivrai…
23ème kilomètre je recroise mes proches Youhou ! Le boost de moral qui fait plaisir !
J’ai appris après le marathon qu’ils m’avaient raté au passage du semi, qui se trouvait à 1 rond point d’écart avec les petits détours dans la ville.
25ème kilomètre, nous croisons la tête de course féminine. Quelle allure, quelle grâce… Quelle prestance… furtif, intense, on encourage… on encourage… et on se reconcentre.
Je prends 3 figues à la volée, j’en offre une à mon collègue et nous remontons encore quelques marathoniens.
Nous voilà arrivés au 28ème kilomètre. Les jambes sont toujours bien, ça tire pas.
C’est là que je me dis, c’est marrant, aucune douleur sous le genou ou au tendon d’Achille. Cool.
Nous croisons les semi-marathoniens qui passent en sens inverse et s’apprêtent à rejoindre le Parc des Exposition vers la ligne d’arrivée ! Les encouragements se crient, tant par la foule que de part et d’autre des plots nous séparant.
L’ambiance est décidément au rendez-vous.
Le 30ème kilomètre approche et je vois pointer au loin une forme dodue sur la route… Mon père s’est mis en tête de courir 50mètres avec moi… Lui qui n’a plus ni ménisques ni ligaments croisés… J’ai trouvé l’attention tellement attendrissante… j’avais le sourire et la patate dans les jambes après l’avoir croisé… et fait ces quelques enjambées communes génial ! Quelques photos immortalisent d’ailleurs ce moment ! Merci Caro !
Je passe le 30ème kilomètre sans encombre, même s’il est vrai que l’on commence à sentir que l’on est plus aussi frais qu’au début.
J’ai alors eu une petite difficulté : mes mains étaient tellement froides que je n’ai pas réussi à ouvrir la poche de mon short pour y attraper un des 3 gels restants. (J’avais en effet choisi de ne prendre que 4 gels sur moi, j’ai consommé le premier au 5ème km, l’anti-oxydant, et ma stratégie était de consommer au 25/35/40). Mon collègue 601 me voyant dans la difficulté me propose alors un de ses gels accrochés eux à sa ceinture (je m’étais refusé le port de la ceinture car je ne voulais rien autour de la taille pour éviter les problèmes d’intestins).
Les kilomètres s’enchainent encore… mais c’est là qu’on à l’impression qu’ils rallongent.
6. La fin de course
Le kilomètre 35 approche, et on se dit bon j’ai pas eu de mur c’est que tout va bien… il reste 7km et je vais bien…
Le ravitaillement du km 36 petit gobelet pris à deux mains… très rapidement, et là c’est le drame, mon pote 601 ne suit pas, je me retrouve seul à la sortie du ravitaillement ! Je passe à nouveau un coureur, qui me dit “tain t’es bien là tu vises quoi comme temps” ce à quoi je réponds que j’en sais toujours rien que je visais entre 3h00 et 3h15… et que j’étais dans mes cordes mais que je ne sais pas où je vais… parce qu’on arrive sur les km durs…
Je me retrouve solo. Je regarde dans mon rétroviseur, je ne vois pas grand monde derrière, je regarde devant moi, ceux devant sont trop loin pour que je puisse m’accrocher…
KM 38 ça commence à tirer un peu.
Mes proches me font une dernière surprise en se positionnant dans un beau virage. J’ai le temps de voir venir et je tente un grand sourire. Je dis que ça tire un peu là quand même. Mais quelle importance ce soutien ! La combinaison compagne et parents c’est un truc qui marche (ou qui cours) pour supporter, que c’est bon pour le moral.
Mais pour moi c’est là que la course contre le temps démarre…
Si seulement j’avais su… Le Sportband n’a pas de secondes affichées après 1h de course… je n’avais donc que les minutes…
Le km 39 arrive.
C’est long, c’est dur.
Un coureur me rejoint, on est à 500 m du dernier ravitaillement, il me dépasse 50m après je le vois s’arrêter net…
Crampe.
Le doute commence progressivement à s’installer, je souffre, ma foulée n’est plus aussi facile.
Je sais déjà que je vais finir le marathon.
Je ne peux pas être arrivé jusqu’ici sans finir.
S’il faut je marcherai.
S’il faut je ramperai.
Mais je finirai.
2km c’est quoi ?
C’est 1 tour du Champs de mars à Paris.
C’est moins de 8 minutes quand je me presse un peu…
C’est rien !
C’est tout !
C’est toute la différence entre 40 et 42km…
Le 41ème est là.
On m’avait prévenu, on m’avait dit : “Reims c’est roulant, c’est bien tu vas voir, mais fais gaffe, le dernier kil, il est en montée”.
Je confirme c’est vrai.
Le dernier kilomètre m’a tué.
Je passe un coureur avec un mot d’encouragement.
Une caméra est face à moi à 300mètres.
Je la fixe en point de mire.
La concentration fait avancer les jambes.
Mon visage est déjà un peu tordu par la douleur. Mais quelle douleur ?
Je ne souffre pas tellement en fait, je ne sais pas ce qui me fait mal, mais je ne suis plus aussi naturel. J’avance avec la tête, plus avec les jambes.
Je suis à 50 mètres du dernier virage.
C’est à ce moment que tout bascule.
J’entends “on arrive à la barrière des 3h” dans le haut parleur qui annonce la fin au Parc des Expositions.
Le compte à rebours du commentateur égraine les secondes.
5…
le dernier virage est à 10mètres
4…
le dernier virage est trop loin…
3…
je sais qu’il me reste la dernière ligne droite
2…
je sais que je ne finirai pas au chrono officiel en 3h
1…
Je passe le dernier virage
Il reste 100m environ.
Je sprint.
Je donne ce que j’ai.
Je passe sous la ligne d’arrivée en 3H00’15”.
Temps couru : 3h00’09”.
Finalement, j’ai bien payé sur la fin mes détours à la poubelle pour être propre et ne pas jeter par terre mes gobelets, mes tapes dans les mains des enfants… et la perte de mon coéquipier au km 35…
7. L’après
Je rejoins mes proches, j’enfile mon t-shirt “courir contre le cancer“… je vais me faire masser, je refais la course dans ma tête, j’ai froid… je vais manger en ville… quelques photos…
Et c’est le départ pour Paris.
Lundi je boite.
Je n’ai mal nulle part, mais ma jambe a décidé de ne plus répondre normalement. Ma démarche est saccadée.
Mardi je boite
La douleur sous le genou réapparait…
Mercredi je boite
La douleur au tendon d’Achille réapparait elle aussi…
Jeudi je me décide à prendre des antalgiques et des anti-inflammatoires.
Ca va mieux. La douleur est masquée… mais sans doute toujours présente.
Je ne vais donc pas forcer dans les prochaines semaines et plutôt me tourner vers la piscine pour laisser se reposer mes tendons.
Je tenterai une petite sortie en milieu de semaine prochaine probablement.
Mais déjà je rêve.
Déjà je me demande…
Quel est mon prochain objectif ?
Mon père avait affiché une phrase au dessus de mon bureau quand j’avais 14 ans :
Quel est mon objectif pour l’année prochaine ? Qu’ai-je fais aujourd’hui pour l’atteindre demain ?
Je crois que ça a déterminé toute une partie de ma philosophie de vie. Cette phrase est devenue un vrai guide… et le marathon a laissé un vide depuis lundi.
Un gros vide.
J’ai dormi marathon, j’ai mangé marathon, je suis sorti marathon, j’ai moins vu mes amis… marathon…
Marathon quand tu nous tiens…
J’ai souffert oui… mais pas autant que ce que j’aurai pu imaginer ou que ce que l’on m’avait raconté…
Recommencer ?
Sans doute oui…
Quand ?
Je ne sais pas.
8. La collecte
En tout cas… le marathon a pour moi été plus qu’une expérience sportive. ça a aussi été l’occasion de partager ma solidarité pour la recherche contre le cancer.
J’ai ainsi pu collecter à ce jour 687€. J’ai laissé ouvert encore la collecte jusqu’à mercredi prochain… en espérant que des âmes généreuses veuillent participer à ce combat contre le cancer.
Je pense que la course à pied, il ne m’est plus possible de la concevoir sans ce double objectif : performance personnelle, et don de soi pour les autres.
Je cours pour moi, mais je cours aussi pour d’autres. Je ne veux plus courir sans partager.
Je veux sensibiliser les gens autour de moi, je veux faire comprendre qu’il est important de partager. Je veux que d’autres prennent le relais et collectent aussi autour d’eux.
Qui prendra le flambeau ?
A vous de me dire…
En tout cas… merci à tous pour votre soutiens : Caro, Bernard, Mireille, proches, collègues, runnosphère… sans vos encouragements, ça n’aurait pas été pareil alors MERCI !
A bientôt…
Franck
PS :
1. vous pouvez toujours faire des don jusqu’au 27 octobre sur ma page de collecte : http://www.courircontrelecancer.org/francklargeault
2. quelques photos et vidéos dans les prochains jours viendront pour illustrer mes propos :)
3. Je sais que cet article est long, mais n’hésitez pas à laisser un commentaire, ça me fera plaisir.






